Film : Michel Henricot – Peintures

« Peindre ou rêver, c’est presque la même chose. Il est important de peindre ses rêves, car c’est là que se cache le sens de la vie.

La technique est très importante. Paradoxalement, il faut essayer de préserver cet état presque hypnotique pendant l’élaboration du tableau, et être en même temps précis et lucide quant à la façon de le réaliser. J’essaye de rendre la matière de ma peinture aussi invisible, aussi transparente que la vitre d’une fenêtre à travers laquelle on regarderait le monde.

Le thème de la barque est un des plus spontanés qui puisse venir à l’esprit humain. Quand je peins une barque, elle est toujours au milieu de l’eau, entre deux rives. Je n’imagine les barques que sur des eaux très calmes.

Pendant de longues années j’ai fréquenté assidûment le muséum d’Histoire Naturelle pour y admirer les merveilleux et terrifiants monstres du Crétacé. Ils viennent souvent hanter ma peinture comme d’inquiétants voyageurs.

J’ai dans mes cartons une foule de documents que j’amasse. Je sais qu’à un moment ils s’intègreront dans ma peinture, mais c’est souvent plusieurs années après les avoir engrangés. Je les oublie, mais ils font un long travail de reptation dans mon esprit et ils parviennent à se hisser sur la toile. C’est très curieux car c’est un processus qui m’échappe totalement. Pourquoi les images surgissent-elles à un moment précis ?

Etant jeune, je peignais des formes enfouies, des sortes de fossiles, et aussi des momies qui étaient pour moi la chrysalide de l’être humain. Peu à peu, ces formes se sont dépliées et sont maintenant debout, avec tous leurs membres. Probablement parce que je me tiens mieux debout moi-même.

Les mots pour parler de la peinture sont difficiles à choisir car souvent ils amplifient et déforment ce qui devrait rester une émanation. Peut-être vaut-il mieux se taire. »

Michel Henricot

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